Le roman de l’écrivain haïtien-canadien Thélyson Orélien, C’était ça ou mourir, a connu un immense succès dès sa sortie. Pourtant, quelques semaines plus tard, l’ouvrage se retrouve au centre d’une vive controverse mêlant des accusations d’utilisation d’intelligence artificielle et plusieurs cas de plagiat concernant des textes antérieurs de l’auteur.

Thélyson Orélien, écrivain, poète et romancier québécois d’origine haïtienne, a fait sensation durant la saison littéraire 2026 grâce à son premier roman, C’était ça ou mourir. Publié au Canada par les Éditions du Boréal, le livre est paru en France sous le label Grasset.

Le roman a été bien accueilli par les lecteurs et la critique. Selon les données de NielsenIQ BookData relayées par divers médias, environ 35 000 exemplaires ont été vendus au cours des cinq premières semaines. Orélien a également reçu le Prix du roman Fnac, et son roman figurait parmi les finalistes de plusieurs prix littéraires majeurs, dont le Prix Goncourt.

Accusations d’utilisation d’intelligence artificielle

La polémique a pris une autre tournure le 21 septembre 2026, lorsqu’un compte anonyme sur le réseau social X, intitulé « Balance ton Claude », a accusé Thélyson Orélien d’avoir utilisé l’intelligence artificielle pour écrire une grande partie du roman.

Ce compte affirmait avoir analysé plusieurs extraits du livre avec Pangram, un outil conçu pour détecter les textes susceptibles d’avoir été produits par un système d’intelligence artificielle. Selon des articles de presse tels que Le Monde, plus de la moitié du roman aurait fait l’objet de cette analyse, et les résultats auraient révélé une forte présence de textes que l’outil considère comme potentiellement générés par une IA.

Cependant, les résultats d’un détecteur d’intelligence artificielle ne permettent pas, à eux seuls, d’établir avec certitude qu’un texte est une production d’IA. Par conséquent, les questions relatives aux méthodes de ces analyses et à l’interprétation des résultats demeurent au cœur du débat.

Portrait de l’écrivain haïtien-canadien Thélyson Orélien
Thélyson Orélien, auteur du roman C’était ça ou mourir.

Thélyson Orélien réfute les allégations

Face à ces allégations, Thélyson Orélien nie avoir eu recours à l’intelligence artificielle pour écrire son roman. L’auteur a également expliqué que le projet de livre était en préparation depuis plusieurs années. Il a précisé avoir commencé à travailler sur le roman en 2017 et que la première version du manuscrit avait été achevée en 2019.

De leur côté, les Éditions du Boréal ont déclaré n’avoir jamais autorisé l’utilisation de l’intelligence artificielle dans l’élaboration du livre depuis la réception du manuscrit. La maison d’édition a toutefois précisé qu’elle ne pouvait, à ce stade, ni confirmer ni infirmer toutes les accusations portées contre l’auteur. Elle a également demandé au public de ne pas tirer de conclusions hâtives.

Boréal suspend ses activités promotionnelles

Dans le contexte de la controverse, les Éditions du Boréal ont annoncé la suspension temporaire de leurs activités promotionnelles autour de C’était ça ou mourir au Canada. La maison d’édition a expliqué que cette décision visait avant tout à protéger le bien-être de Thélyson Orélien et à clarifier la situation. Plusieurs activités liées à la présence de l’écrivain à des événements littéraires au Québec ont, dans ce même contexte, été annulées ou modifiées.

Nouvelles allégations concernant d’anciens textes

La controverse ne se limitait pas à la question de l’intelligence artificielle.

Le 23 septembre, d’autres allégations de plagiat ont émergé concernant certains textes de Thélyson Orélien publiés dans des médias canadiens et français il y a plus de dix ans.

Le quotidien québécois La Presse a rapporté avoir constaté qu’une chronique publiée par Orélien en 2013 était, dans sa quasi-totalité, une traduction légèrement remaniée d’un article paru cinq jours plus tôt dans le quotidien philippin The Philippine Star. Le journal québécois a depuis ajouté une note à la chronique, indiquant avoir appris que son auteur avait commis un plagiat.

Radio-Canada a également signalé d’autres similitudes dans certains textes de l’auteur publiés entre 2012 et 2013. Un exemple concerne un texte publié sur la plateforme d’écriture de Radio-Canada, Où va le monde ?, dont plusieurs passages seraient très similaires à un texte déjà publié.

Il est important de préciser que ces allégations concernent les textes antérieurs de l’auteur et sont distinctes des questions relatives à la manière dont C’était ça ou mourir aurait été écrit. Elles ne constituent pas, à elles seules, une preuve que le roman a été écrit par une intelligence artificielle.

L’Académie Goncourt retire le roman de sa sélection

Le 25 septembre 2026, l’Académie Goncourt a annoncé le retrait de C’était ça ou mourirde sa première sélection pour le Prix Goncourt 2026.

Dans un communiqué, l’Académie a invoqué plusieurs éléments issus de l’affaire, notamment des allégations de plagiat concernant des textes antérieurs de Thélyson Orélien, ainsi que les conclusions de plusieurs analyses du roman qui, selon l’Académie, convergent sur la question de l’utilisation de l’intelligence artificielle.

Cette décision ne constitue pas une décision de justice établissant la thèse de l’Académie Goncourt quant à la participation de l’ouvrage à sa propre sélection.

Une controverse qui dépasse le cadre de l’affaire Thélyson Orélien

L’affaire Thélyson Orélien a relancé un débat plus large sur la place de l’intelligence artificielle dans la création littéraire.

Aujourd’hui, les outils d’IA peuvent contribuer à la recherche, à l’édition, à la traduction et à la production de textes. Mais leur utilisation soulève plusieurs questions quant à l’authenticité d’une œuvre, la propriété intellectuelle, le plagiat et les frontières entre l’assistance technologique et la création originale de l’auteur.

Ce cas illustre également les limites des outils conçus pour détecter les textes générés par l’IA. Un résultat de détection peut certes constituer un élément d’enquête, mais les questions d’authenticité d’une œuvre exigent bien plus qu’une simple analyse automatisée.

Dans le cas de C’était ça ou mourir, la question se complexifie encore davantage en raison des allégations qui ont émergé concernant d’anciens textes de Thélyson Orélien. Tandis que la controverse persiste, cette affaire soulève une question cruciale pour le monde littéraire : comment vérifier l’authenticité d’une œuvre à l’ère de l’IA sans tirer de conclusions définitives sur la seule base des résultats d’un outil de détection ?

Pour l’instant, C’était ça ou mourir demeure au cœur d’un débat qui touche à la création littéraire, à la confiance du public envers les auteurs et les éditeurs, et à la manière dont le monde littéraire s’adaptera au développement rapide de l’intelligence artificielle.